Critique de l’unit operation de Bogost et construction d’une unité ludique
I. Chercher le point d’ancrage du sens
Cette réflexion s’inscrit dans le cadre du projet de recherche Rhétolud, consacré à l’étude des représentations dans le jeu de société.
La question directrice est, en apparence, simple : où se logent les représentations dans un jeu ? Sont-elles inscrites dans les mécaniques ? Dans le matériel ? Dans les images ? Dans les pratiques des joueur·euses ? Comment les auteur·rices de jeu inscrivent-iels ces représentations dans leur jeu ? Et que reste-t-il de ces intentions du côté des joueur·euses, dans l’expérience du jeu, dans ce qui est perçu ? Les représentations peuvent-elles reconduire des stéréotypes, ouvrir des possibilités d’émancipation ?
Pour aborder ces questions, une évidence : il me faut un outil conceptuel suffisamment précis pour observer les jeux, mais aussi pour dialoguer avec les différents acteurs concernés — auteur·rices, joueur·euses, chercheur·euses — avec un langage commun et compréhensible de tous, sans construire un appareil théorique démesuré, détaché des pratiques ou des manières concrètes de parler et de penser le jeu. L’enjeu est donc de trouver un concept clair, opératoire et trans-sectoriel (je propose ce terme pour exprimer l’idée suivante : là où les concepts trans-disciplinaires font le pont entre plusieurs disciplines, un concept trans-sectoriel fait le pont entre plusieurs secteurs — recherche, société civile, monde professionnel, institutions).
Notre travail de recherche (Rhetolud) a pour objectif d’explorer plus en profondeur le travail de Ian Bogost et de sa notion de “rhétorique procédurale” — que l’on peut reformuler plus simplement comme “le message porté par les mécaniques du jeu” — notamment pour l’appliquer au cas du jeu de société.
C’est dans ce cadre, au fil de mes lectures, que j’ai croisé la notion d’unit operation. La rencontre a d’abord eu quelque chose de presque fortuit. Pourtant, à mesure que j’avançais, il est apparu que ce concept occupait une place centrale dans l’architecture théorique de Bogost. Or, au même moment, je travaillais sur une notion qui me semblait proche : celle d’”unité ludique“, entendue comme un objet, ou une opération dotée d’une signification dans le cadre du jeu. Autrement dit : quelque chose auquel on confère un sens particulier (“on” étant le créateur du jeu, ou le joueur, ou un commentateur) et dont on peut parler ; qui a du sens dans un contexte spécifique.
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